Au moment où je vous parle, mes yeux scrutent la ligne de l'infini, par delà la mer. Parfois, j'ai des envies violentes de m'enfoncer pour toujours au fond de l'eau ténébreuses des abysses. C'est pareil avec les Hommes, clair et beau en surface, mais sombre et mauvais en profondeur. Mais, au fond de la mer, tous les soucis s'effacent, et disparaissent pour toujours... Le soleil renvoie des nuances roses et orangées sur le bleu de l'océan. Il se couchera bientôt, et les ténèbres cacheront la lumière. J'ai souvent pensé au suicide, mais j'y ai toujours renoncé. N'y a-t-il rien ni personne sur cette terre qui me permettra d'être heureuse ?
A force de rêver à une vie plus belle, j'en ai oublié l'heure. J'ai regardé ma montre, elle affichait déjà 6h30. Le soleil s'était couché pendant mon évasion dans un autre monde. Je me suis levé, prit mon sac de cours, et j'ai couru jusqu'à la maison. Je n'aimais pas Brighton la nuit, tout semblait si différent. Notre villa était située dans un quartier résidentiel tranquille éloigné du centre ville. Pour ne pas être trop en retard pour le dîner, j'ai couru. Je suis vite arrivée à la maison. Je suis entrée discrètement pour ne pas me faire remarquer. Manque de pot, mon père débarque dans le salon, furieux.
- Où étais tu passé ?? On t'avait pourtant dit de rentrer directement après les cours ! Tu es censée être punie ! s'écria t-il.
- Punie de quoi ? Pour quelle faute ! ai-je crié.
- Pour ça ! s'énerva t-il en me donnant une grande gifle.
- Sale connard... ai-je murmuré.
- Quoi ? Répète ce que tu viens de dire !
Je me suis mise à pleurer, comme tous les soirs quand je rentrais chez moi. J'ai esquivé sa question et j'ai courut m'enfermer dans ma chambre. J'entendais mon père hurler tandis que je verrouillais la porte. Puis, je me suis jetée sur mon lit et j'ai pleuré, comme toujours, laissant mon chagrin s'évacuer sur mes draps. A force de pleurer, j'ai fini par m'endormir, comme d'habitude, sans faire mes devoirs, sans avoir manger. Mais, qu'est-ce qu'on est bien dans les rêves. C'est la dure réalité du monde dans lequel nous vivons. Les rêves servent à apaiser les peines, mais lorsqu'on se réveille tout disparaît. On se prend une bonne claque en pleine face pour nous dire d'arrêter de rêver et de penser à son avenir. Mais, quel avenir ?? Y a-t-il un avenir pour les jeunes perdus comme moi ? Non, le seul avenir qui nous est offert se trouve en Enfer...
Le lendemain, réveil très difficile pour aller en cours. Je suis descendue à la cuisine prendre mon petit déjeuner. Aujourd'hui, c'est mon anniversaire, j'ai 17 ans. C'est quoi 17 ans ? C'est un âge qui te rapproche de la majorité, mais finalement c'est quoi ? Je perçois chaque anniversaire comme un rapprochement vers la Mort, et comme un jour où je suis plus triste encore. Dans la cuisine, ma mère lit le journal en buvant un café. Pas de « joyeux anniversaire », mais j'y suis habituée. Je m'assois tranquillement avec un chocolat chaud, et un croissant. Puis, je lui demande :
- Tu ne te souviens même pas du jour où ta fille unique t'a fait souffrir en venant au monde ?
Ma mère a levé sur moi un regard étonné, avec un mélange de culpabilité et de honte.
- Mon dieu ma chérie, excuse moi ! J'ai oublié avec tout le travail que j'ai !
Des larmes ont coulés sur mes joues. Je me suis levée et j'ai crié :
- De toute façon, vous en avez rien à foutre de moi !!
Je me suis mise à courir et je me suis enfermée dans la salle de bains. Là, j'ai jetée de l'eau contre le miroir, j'ai hurler pour faire entendre mon désespoir. J'ai rincé mon visage à l'eau froide au moins vingt fois. Derrière la porte, j'entendais ma mère piailler :
« Désolé ma chérie, je vais t'acheter quelque chose tout à l'heure aux courses ! De quoi as-tu besoin ?? »
De ton amour, j'ai besoin de ton amour... maman...
Au bout d'un moment, je n'entendais plus ma mère derrière la porte. J'essuyais mes larmes, me maquillais rapidement, et me coiffais. Puis, je sortis de la salle de bains, prit mon sac et partit en courant jusqu'à l'arrêt de bus. Il y avait des imbéciles qui attendaient sagement que le bus les emmène dans l'endroit qui pour moi est un supplice. Assis toi, obéis, et ferme la. Voilà pour moi la descritpion du mot « école ». Mais, quelque chose me surpris. Un jeune homme que je n'avais jamais vu attendait sans rien dire, sans sac sur le dos. Il était adossé à l'arrêt de bus. Je le voyais de dos. Il avait de longs cheveux noirs, lisses, qui tombaient en dessous de ses épaules. Il était très mince et ne portait sur le dos qu'un t-shirt. Il devait avoir très froid. Tout le monde avait le regard posé sur lui. Il était le centre des discussions. Que faisait-il là ? Les mains dans les poches de son pantalon noir, large, qui cachait sûrement des frêles jambes. Il était si maigre. Au début j'ai cru que c'était une fille, mais non. Un mec s'approcha de lui et lui demanda une clope. Le garçon ne répondit rien. Il sortit un paquet de sa poche et lui tendit une cigarette. Le mec lui dit merci et retourna à sa place. Il m'intriguait tellement. Soudain, le bus arriva. Je sortis ma carte. Le jeune homme monta en premier et je l'entendis dire :
- Je n'ai pas de carte, mais j'ai besoin d'aller au lycée.
- Vous avez de l'argent pour un ticket ? demanda le chauffeur.
- Heu oui...
Le garçon chercha au fond de ses poches et trouva les quelques pièces qui allaient lui permettre d'aller à destination. Il tendit l'agent au chauffeur qui lui donna un ticket. Puis il alla s'asseoir au fond du bus contre la vitre. Je pris soin de m'asseoir sur les sièges à côté de lui. Je pus voir son visage... Des traits très fins... Un visage d'ange. Il avait les yeux légèrement maquillés, une bouche sensuelle, il était trop beau. J'avoue, je ne l'avais pas lâché du regard. Mais, quelque chose me dérangeait. Beaucoup trop maigre, pâle, et... Les bras couverts de marques rouges. D'accord, il tentait de fuir sa misérable vie en s'en allant... Il allait sûrement au lycée pour ça... Lorsque le bus arriva, nous nous sommes levés en même temps. Nos regards se sont croisés. J'ai cru fondre quand il me regarda. Il me fit signe de passer avant lui. Je le fis sans rien dire. Le sachant derrière moi, je me mis à rougir. Que m'arrivait-il ? Je le connaissais à peine, et je sentais en moi un feu que lui seul avait allumé. Etais-ce ça, le coup de foudre ?
Je suis descendu devant les grilles du lycée. Je regardais du coin de l'½il le garçon se diriger vers un groupe de gars dans un coin du lycée. Ils se serrèrent la main, puis le garçon aux cheveux sombres leur donna de l'argent, et en échange je vis un petit paquet plonger dans les poches de celui qui me faisait rêver. Puis, il alla s'asseoir sans rien dire sur un banc devant le bahut. Moi, je rentrais à l'intérieur de l'Enfer. Sans rien dire je me dirigeais vers ma seule amie. Elle était assise sur un banc. Elle était grande et mince. Elle avait des cheveux roux et bouclés. Un visage expressif aux yeux noisette. Je l'admirais trop. Moi aussi j'étais mince mais un peu plus petite qu'elle. J'avais de longs cheveux bruns et lisses qui m'arrivaient jusqu'à la chute de reins. J'avais moi de grands yeux noisettes. Je m'approcha d'elle et lui fit la bise. Puis lui demanda :
- Tu crois que le coup de foudre existe ?
Elle me regarda d'un air joueur.
- Pourquoi ?
- Ben j'ai vu un garçon tout à l'heure et franchement... Voila quoi. Je crois que j'ai craqué sur lui mais de toute façon je ne le reverrais jamais alors...
- Qu'est-ce que t'en sais ? Moi je crois au destin et je suis sûr que tu le reverras !
La sonnerie retentit, c'était l'heure d'aller s'enfermer. On se dirigea vers notre salle. Je m'assis à ma place habituelle, et oh surprise ! Je pouvais le voir sur le banc de là où j'étais. Je l'ai admiré pendant tout le cours. Il ne bougeait pas. Tout à coup, une voiture arriva, elle s'arrêta devant lui, et il partit avec elle. Puis, le cours se termina, et un autre commença. Ainsi de suite jusqu'à 4 heures. Quand la fin des cours arriva, moi et Ophélie (c'est comme ça que ma best s'appelle) on se mit à courir pour sortir de cet endroit dans lequel on étouffait. On alla s'asseoir devant la mer au même endroit que d'habitude. C'était sur une plage à côté du centre ville. Là, on prenait notre goûter, on parlait de tout et de rien, on s'amusait, comme deux meilleures amies. Quand j'étais avec elle, tout me semblait beau. Je l'aimais, d'amitié évidemment. Mais si j'avais été un mec, je serais sortie avec elle, et elle aussi pensait la même chose. On formait un tout. Si elle n'était pas là, je serais déjà partit. On aimait se tenir la main en public pour faire croire aux gens qu'on sortait ensemble. C'était marrant de les voir nous regarder comme si on était des extra-terrestres. Dans ce monde où l'amour est mort, voir des gens identiques qui s'aiment, c'est un crime contre l'humanité. Dieu a voulu qu'Adam tombe amoureux d'Eve, et Eve d'Adam. C'était ainsi et pas autrement. Ceux qui vont à l'encontre de ces préceptes sont considérés comme pêcheurs.
Ophélie sortit soudainement quelque chose de son sac. Elle me tendit un cadeau en disant :
- Joyeux anniversaire !!!
- Tu n'aurais pas du ! dis-je.
Je pris le cadeau d'Ophélie et je l'ai ouvert. C'était un adorable nounours avec un c½ur qui disait : « best friend forever ». J'ai sourit et j'ai prit Ophélie dans mes bras en disant :
- Tu seras toujours ma meilleure amie quoi qu'il arrive !!! Je t'adore !
- Merci beaucoup ! Contente que ça te plaise !
Après avoir discuté de tout et de rien, il fallait que je rentre chez moi, ou plutôt, que je retourne en Enfer. Là où mes géniteurs m'attendent. J'ai fait un gros bisou à Ophélie, j'ai prit mon sac et je suis rentré chez moi. Sur le chemin, j'ai repensé à ce garçon. Je revoyais son regard me fixer intensément. Son visage sur lequel on lisait la tristesse, et le malheur. Ses bras sur lesquels on voyait l'envie de partir. Je le reconnaîtrais parmi mille. Il était si... beau. Mais voilà que je sortis de mes rêves pour rentrer dans un nouveau cauchemar, en poussant le portail de ma maison. J'ai poussé la porte d'entrée, et je suis monté dans ma chambre. J'ai posé mon sac, quitté mon blouson et mes chaussures, et je suis redescendue au salon pour regarder la télé. Soudain, je vis mon père avec un air tueur, un sachet à la main. Ce sachet contenait de l'herbe. Avec Ophélie, on se fumait un joint de temps en temps, c'était vraiment très rare. Mais voilà que mon père a fouillé ma chambre et a trouvé notre réserve.
- C'est a toi ?? cria t-il.
Ma mère pleurait assise sur une chaise.
- Je peux t'expliquer ! dis-je à mon père.
- Il n'y a rien à expliquer !! hurla t-il, tu vas regretter de nous avoir cacher ça !
Il s'approcha de moi, m'empoigna par le col de mon t-shirt et me frappa plusieurs fois de suite. J'hurlai. Les coups tombaient de plus belle. Je sentais du sang sur ma lèvre. Soudain, ma mère attrapa mon père par le bras en criant :
- Ca suffit tu vas la tuer !!!!
Il s'arrêta, me laissa tomber au col, faible et dévitalisée. Il s'en alla dehors en claquant la porte d'entrée comme un fou. J'ai eu l'impression que les murs avaient tremblé. Ma vie s'était écroulée autour de moi. Ma mère alla chercher un mouchoir humide et soigna mes plaies. En faite je venais de me rendre compte que ma mère m'aimait et que je l'aimais aussi. En faite, celui que je n'aime pas, c'est mon père. J'ai dit a maman en reniflant et en suffoquant :
- Tu sais.... Je n'ai fumé... qu'une fois, pour essayer avec Ophélie... Après... elle m'a dit... de garder le sachet... (snif).
- C'est pas grave ma puce...
Elle me prit soudain dans ses bras et me blottit contre sa poitrine. C'était si bon de l'entendre respirer. Mes pleurs redoublèrent et je l'entourais de mes bras. Puis, elle m'aida à me relever, et m'emmena dans ma chambre. Elle me laissa me déshabiller, et me coucher. Elle vint m'embrasser en disant :
- Ca s'arrangera je te le promets... Je te le promets...
Elle se mit à pleurer.
- Ne pleure pas maman... je t'en prie...
Elle sourie puis s'en alla en éteignant la lumière. Dans le noir je repensais à sa phrase : « ça va s'arranger je te le promets ». Non.
Non. Au contraire. Une descente aux Enfers commence...

